Le jour d'Arafat : mérites, jeûne et invocations
Le jour d'Arafat : mérites, jeûne et invocations
Le 9 Dhul-Hijjah, jour d'Arafat, occupe une place singulière dans le calendrier islamique. C'est le jour central du pèlerinage, le jour où Allāh ﷻ a choisi de parachever la religion, et l'un des jours où Sa miséricorde se manifeste le plus visiblement, selon la parole du Prophète ﷺ. Pour le pèlerin comme pour le non-pèlerin, c'est un rendez-vous qu'il ne faut pas manquer.
Cet article passe en revue ce qui est authentiquement transmis sur ce jour, dans la méthodologie Ahl al-Sunnah wa al-Jamāʿah sur la voie des Salaf al-Ṣāliḥ : le verset de la perfection du dīn, le ḥadīth sur l'expiation des péchés par le jeûne, la meilleure invocation transmise du Prophète ﷺ et des prophètes avant lui, et les comportements recommandés pour celui qui n'accomplit pas le pèlerinage cette année.
1. Pourquoi Arafat est le jour le plus important
1.1 Le verset de la perfection du dīn
Allāh ﷻ a réservé le jour d'Arafat à la révélation du verset de la complétude du dīn, dans le sens :
« Aujourd'hui, J'ai parachevé pour vous votre religion, et J'ai complété sur vous Mon bienfait, et J'ai agréé pour vous l'islam comme religion. »
(Coran, sourate al-Māʾida, verset 3)
Ce verset a été révélé le jour d'Arafat lors du dernier pèlerinage du Prophète ﷺ, comme cela est rapporté dans le Ṣaḥīḥ d'al-Bukhārī à travers le récit de ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb (raḍiyallāhu ʿanhu), à qui un homme parmi les juifs avait dit que si ce verset était descendu sur eux, ils en auraient fait un jour de fête.
La portée du verset est immense. Il marque la complétude de la sharīʿah, l'achèvement de la mission du Prophète ﷺ, et la totalité de la guidance dont les croyants ont besoin jusqu'au Jour du Jugement.
1.2 Arafat, jour d'affranchissement
Le Prophète ﷺ a informé qu'Allāh ﷻ affranchit en ce jour un grand nombre de Ses serviteurs du Feu. Le sens de ce qui est rapporté par Muslim dans son Ṣaḥīḥ : il n'y a pas de jour où Allāh affranchit autant de serviteurs du Feu que le jour d'Arafat. Il se rapproche de Ses créatures, puis Il se vante d'eux auprès des anges et dit : « Que veulent ceux-là ? »
Ce mérite concerne en premier lieu les pèlerins en station à Arafat, mais la miséricorde du jour rejaillit aussi sur tous les musulmans qui se tournent vers Allāh ﷻ par la repentance, l'invocation et le rappel.
1.3 Arafat, sommet du Ḥajj
Le Prophète ﷺ a dit, dans le sens du ḥadīth rapporté par les auteurs des Sunan et authentifié par les muḥaddithūn :
« Le Ḥajj, c'est Arafat. »
Ce qui signifie que la station à Arafat est le rite cardinal du pèlerinage : qui la manque manque le Ḥajj. Cette parole prophétique cadre l'importance du jour pour celui qui accomplit le pèlerinage.
2. Le ḥadīth de Muslim sur l'expiation des péchés
2.1 Texte et signification
Pour le non-pèlerin, le jeûne du jour d'Arafat est l'acte le plus emblématique. Le Prophète ﷺ a dit :
« Le jeûne du jour d'Arafat, j'espère d'Allāh qu'il expie les péchés de l'année qui précède et de l'année qui suit. »
Rapporté par Muslim dans son Ṣaḥīḥ.
Ce ḥadīth est explicite. Le jeûne du jour d'Arafat efface deux années de péchés, par la miséricorde d'Allāh ﷻ et selon la formulation prophétique « j'espère d'Allāh ».
2.2 Quelles péchés sont concernés
Les savants de Ahl al-Sunnah, dont Ibn ʿUthaymīn (raḥimahullāh), précisent que l'expiation rapportée dans ce ḥadīth concerne les petits péchés (al-ṣaghāʾir). Les grands péchés (al-kabāʾir) exigent une repentance spécifique : regret sincère, abandon du péché, ferme résolution de ne pas y revenir, et restitution des droits si un être humain a été lésé.
Cette distinction est constante dans les écrits des savants des Salaf, par référence à d'autres textes qui posent la nécessité de la tawbah pour les grands péchés. Le jeûne d'Arafat est une miséricorde immense, mais il ne dispense pas de la repentance pour les fautes graves.
2.3 La force du « j'espère d'Allāh »
La formulation prophétique « j'espère d'Allāh » (aḥtasibu ʿalā Allāh) est forte. Quand le Prophète ﷺ exprime un espoir, c'est en vérité une certitude : ce qu'il espère de la générosité de son Seigneur s'accomplit, mais la formulation préserve l'adab vis-à-vis d'Allāh ﷻ, sans présumer du décret.
3. Le jeûne d'Arafat pour les non-pèlerins
3.1 Statut religieux
Le jeûne du jour d'Arafat est une sunnah muʾakkadah (Sunnah confirmée) pour les non-pèlerins. Ibn Bāz et Ibn ʿUthaymīn (raḥimahumullāh) ont insisté sur la valeur particulière de ce jeûne dans leurs fatāwā : c'est l'un des actes les plus rentables de l'année islamique pour celui qui n'est pas en pèlerinage.
3.2 Cas du pèlerin
Pour le pèlerin présent à Arafat, le jeûne n'est pas recommandé. La Sunnah du Prophète ﷺ rapportée par Maymūnah (raḍiyallāhu ʿanhā) dans les deux Ṣaḥīḥ : les Compagnons ont eu un doute sur le fait que le Prophète ﷺ jeûnait à Arafat, et il leur a envoyé un récipient de lait qu'il a bu visiblement, dissipant ainsi le doute. Le pèlerin a besoin de toute son énergie pour les invocations, le dhikr et la station ; le jeûne lui retire de la disponibilité.
3.3 Aspects pratiques
Le jeûne d'Arafat suit les règles classiques du jeûne surérogatoire :
- Intention : peut être formulée la veille au soir ou en cours de matinée tant qu'on n'a rien consommé ni bu.
- Suḥūr : recommandé, comme pour tout jeûne, conformément à la parole du Prophète ﷺ rapportée par al-Bukhārī et Muslim : « Prenez le suḥūr, car il y a dans le suḥūr une baraka. »
- Rupture du jeûne : au coucher du soleil, sans tarder, conformément à la Sunnah.
- Si la rupture est imposée par une nécessité (maladie, voyage avec difficulté, règles pour la femme), le jeûne n'a pas à être rattrapé, étant surérogatoire ; mais il est préférable de le rattraper si l'on souhaite en obtenir la récompense.
3.4 Date pratique
Le jour d'Arafat tombe le 9 Dhul-Hijjah, qui est déterminé selon l'observation lunaire ou le calcul officiel du pays. Quand le jour d'Arafat coïncide avec la station des pèlerins en Arabie saoudite et que le calendrier local diffère d'un jour, les savants contemporains, dont Ibn Bāz, ont admis que chaque pays suit sa propre observation : la divergence n'invalide pas le jeûne, et le pèlerin et le non-pèlerin sont tous deux récompensés.
4. La meilleure invocation selon Tirmidhī
4.1 Le texte du ḥadīth
Le Prophète ﷺ a dit :
« La meilleure invocation est celle du jour d'Arafat, et la meilleure parole que j'ai dite, moi et les prophètes avant moi, est : Lā ilāha illā Allāhu waḥdahu lā sharīka lah, lahu al-mulk wa lahu al-ḥamd wa huwa ʿalā kulli shayʾin qadīr. »
Rapporté par al-Tirmidhī, authentifié par al-Albānī.
4.2 Sens de la formule
La formule signifie : « Il n'y a de divinité digne d'adoration qu'Allāh, Seul, sans associé. À Lui la royauté, à Lui la louange, et Il est Tout-Puissant sur toute chose. » Cette parole contient le sommet du tawḥīd : négation de toute divinité autre qu'Allāh, affirmation de Son unicité totale, reconnaissance de Sa souveraineté, de Sa louange et de Sa toute-puissance.
4.3 Comment l'utiliser
Cette formule peut être répétée tout au long du jour d'Arafat, particulièrement dans le tiers final de la journée, après le ʿaṣr, jusqu'au coucher du soleil. Les savants ont noté que le moment qui précède le coucher du soleil est l'un des moments les plus propices à l'invocation dans l'année.
On peut alterner cette formule avec d'autres invocations rapportées : demande de pardon, demande du Paradis et de la protection contre l'Enfer, demande du bien de ce monde et de l'au-delà, invocations pour les parents, la famille, la communauté.
L'essentiel n'est pas la quantité mais la présence du cœur, l'humilité et la confiance dans la générosité d'Allāh ﷻ.
5. Comportement recommandé le jour d'Arafat
5.1 Pour le pèlerin
- Station à Arafat dès après le zawāl (passage du soleil au zénith) jusqu'au coucher du soleil.
- Prière de ẓuhr et de ʿaṣr regroupées et raccourcies à Namira, derrière l'imām.
- Invocations et dhikr sans relâche, particulièrement tournés vers la qiblah, mains levées.
- Économie de l'énergie : pas de jeûne, hydratation, abri du soleil.
- Patience dans l'épreuve de la chaleur et de la foule, en gardant à l'esprit la grandeur du jour.
5.2 Pour le non-pèlerin
- Jeûne depuis le fajr jusqu'au coucher du soleil.
- Invocations multipliées, surtout après le ʿaṣr.
- Lecture du Coran avec attention.
- Takbīr muqayyad après chaque prière obligatoire à partir du fajr de ce jour.
- Ṣadaqah, même modeste.
- Maintien des liens familiaux et demande de pardon mutuel.
- Demande de pardon ferme et sincère pour les fautes passées, avec ferme résolution de redressement.
5.3 Ce que tout musulman peut faire
Que l'on soit pèlerin ou non, le jour d'Arafat appelle un recueillement particulier. Réduire les distractions (écrans, réseaux sociaux, conversations vaines), s'isoler une partie du jour pour l'invocation, lire des passages du Coran qui rappellent la grandeur d'Allāh ﷻ, et conclure la journée par la rupture du jeûne pour le non-pèlerin, suivie d'un moment de gratitude.
6. Questions fréquentes
Quand exactement commence et finit le jour d'Arafat ?
Le jour d'Arafat commence au fajr du 9 Dhul-Hijjah et s'achève au coucher du soleil de ce même jour, comme tout jour islamique pour ce qui concerne le jeûne.
Le jeûne d'Arafat peut-il être combiné avec un rattrapage de Ramaḍān ?
Les savants ont divergé sur la combinaison d'intentions entre un jeûne surérogatoire et un rattrapage obligatoire. Pour la sécurité, il est préférable de rattraper d'abord les jours de Ramaḍān et, si le temps le permet, d'ajouter le jeûne d'Arafat avec une intention dédiée. Wa Allāhu aʿlam.
Si je tombe malade le matin d'Arafat, puis-je rompre ?
Oui. Le jeûne surérogatoire peut être rompu en cas de nécessité, et il n'y a pas d'obligation de rattrapage. Mais la perte du mérite spécifique d'Arafat est significative ; le maintenir si la santé le permet, même partiellement, reste préférable.
Que faire si j'oublie l'intention la veille au soir ?
Pour un jeûne surérogatoire comme celui d'Arafat, l'intention peut être formulée en cours de matinée tant qu'on n'a rien consommé. C'est la position de la majorité, contrairement au jeûne obligatoire où l'intention doit être prise avant le fajr.
Faut-il jeûner si la date d'Arafat dans mon pays diffère de celle de l'Arabie saoudite ?
Les savants contemporains, dont Ibn Bāz, ont retenu que chaque pays suit son observation lunaire locale. Si dans votre pays le 9 Dhul-Hijjah tombe un jour différent de celui de l'Arabie saoudite, vous jeûnez selon votre calendrier local et vous êtes récompensé.
Quelle est la meilleure invocation pour ce jour ?
La meilleure parole est celle rapportée par Tirmidhī : « Lā ilāha illā Allāhu waḥdahu lā sharīka lah, lahu al-mulk wa lahu al-ḥamd wa huwa ʿalā kulli shayʾin qadīr. » À cela on ajoute toute invocation conforme au Coran et à la Sunnah, en français ou en arabe : ce qui compte est la sincérité et la présence du cœur.
Conclusion
Le jour d'Arafat est une occasion qui ne se renouvelle qu'une fois par an. Pour celui qui n'accomplit pas le pèlerinage cette année, deux gestes simples ouvrent une porte immense : le jeûne du jour, qui efface par la miséricorde d'Allāh ﷻ deux années de petits péchés, et l'invocation, qui place le serviteur dans le sillage du meilleur dire transmis du Prophète ﷺ et des prophètes avant lui.
Préparez-vous en avance. Prenez le suḥūr, organisez votre journée pour préserver des moments calmes d'invocation, et tenez le dernier tiers du jour pour les supplications les plus intenses. Que la simplicité prime sur la performance : un cœur présent vaut mieux que mille mots distraits.
Qu'Allāh ﷻ accepte de nous le jeûne et l'invocation, qu'Il nous pardonne nos fautes passées et celles à venir, et qu'Il nous compte parmi ceux qu'Il affranchit du Feu en ce jour béni.
Wa Allāhu aʿlam.
Sources
- Coran, sourate al-Māʾida (5:3)
- Ṣaḥīḥ Muslim (ḥadīth sur le jeûne du jour d'Arafat)
- Ṣaḥīḥ Muslim (ḥadīth sur le jour d'Arafat et l'affranchissement des esclaves du Feu)
- Ṣaḥīḥ al-Bukhārī (ḥadīth sur la révélation du verset de la perfection à Arafat)
- Sunan al-Tirmidhī (ḥadīth sur la meilleure invocation, authentifié par al-Albānī)
- Tafsīr Ibn Kathīr (sourate al-Māʾida 5:3)
- Majmūʿ Fatāwā Ibn Bāz (sur le jeûne du jour d'Arafat pour les non-pèlerins)
- Ibn ʿUthaymīn, fatāwā sur la station d'Arafat et les invocations